Le Reflet des Ténèbres

Le froid de la nuit d’Halloween s’infiltra soudainement dans mes os, plus glacial que n’importe quel hiver de Chicago. Sur l’écran du moniteur, l’homme souriait toujours, un sourire tordu et cruel qui déformait mes propres traits. Marco jura entre ses dents, son arme glissant de son étui avec un cliquetis métallique. Je n’ai pas attendu une seconde de plus. J’ai franchi les lourdes portes en chêne, le gravier crissant sous mes bottes de cuir alors que je sprintais vers le portail principal.


Mais quand je suis arrivé, il n’y avait personne. Seulement le brouillard épais qui s’enroulait autour des grilles en fer forgé et les citrouilles dont les bougies vacillaient dans le vent. L’homme avec mon visage s’était évaporé comme un fantôme.

Je suis retourné dans le manoir, le cœur battant à tout rompre. Dans mon bureau, la petite Lily était assise sur le vaste canapé en cuir noir, ses petites jambes se balançant dans le vide. Elle avait posé sa valise usée sur la table basse en acajou.

« Il est parti, » dit-elle calmement, ses grands yeux bruns – les yeux d’Elena – fixés sur moi. « Il m’a dit de te donner ça. »

Elle ouvrit la valise. À l’intérieur, il n’y avait pas de bonbons, ni de vêtements d’enfant. Il n’y avait qu’une liasse de vieux documents jaunis par le temps. Je me suis approché, les mains tremblantes, et j’ai saisi les feuilles. La respiration s’est bloquée dans ma gorge. C’étaient des papiers d’adoption. Le nom de l’enfant était laissé en blanc, mais en bas de la page, il y avait ma signature. Ma véritable signature, à l’encre noire. Et la date inscrite correspondait à il y a douze ans, exactement la semaine où Elena avait disparu, bien avant que Lily ne vienne au monde.


« Comment est-ce possible ? » murmura Marco, blême.

La vérité m’a frappé avec la force d’un coup de poing. Julian. Mon frère jumeau. Celui que mon père avait déclaré mort à la naissance pour étouffer un scandale familial. J’avais appris son existence il y a des années, mais on m’avait assuré qu’il avait péri dans un incendie. Il avait survécu. Il avait pris Elena pour me détruire de l’intérieur, pour me voler la vie qu’il pensait lui revenir de droit.

« Où est ta maman, Lily ? » ai-je demandé, ma voix n’étant plus qu’un murmure rauque. J’ai retourné la vieille photographie qu’elle m’avait donnée. Au dos, griffonnée à la hâte avec un rouge à lèvres, se trouvait une adresse : les vieux entrepôts maritimes abandonnés sur les docks.

« Marco, » ai-je aboyé, l’instinct de prédateur reprenant le dessus. « Prépare les hommes. Tous les hommes. »


La nuit s’est transformée en un tourbillon de pluie, de phares perçants et d’acier. Lorsque nous avons enfoncé les portes de l’entrepôt numéro 4, l’enfer s’est déchaîné. Les hommes de Julian étaient lourdement armés, mais ils n’avaient pas la rage qui me consumait. Chaque balle que je tirais était pour ces douze années de silence, pour chaque larme qu’Elena avait dû verser.

Je l’ai trouvé au dernier étage. Julian se tenait là, son visage – mon visage – contorsionné par la haine. Elena était attachée à une chaise derrière lui, pâle, amaigrie, mais ses yeux brillaient de la même force indomptable. Le combat fut bref mais brutal. Le sang de mon propre sang a coulé sur le béton froid lorsque ma lame a trouvé son cœur. Il est mort avec ce même sourire sinistre sur les lèvres.


J’ai couru vers Elena. Quand je l’ai libérée de ses liens, elle s’est effondrée dans mes bras. L’odeur de ses cheveux, la douceur de sa peau… douze ans d’agonie se sont évaporés dans ce contact.

Quelques heures plus tard, à l’aube naissante, nous étions de retour au manoir. Elena, couverte d’égratignures mais en sécurité, serrait Lily contre elle. Je me suis approché, le visage encore couvert du sang et de la suie de la nuit. Lily m’a regardé, a souri et a doucement attrapé mon doigt avec sa petite main. J’ai regardé les papiers d’adoption sur le bureau. La prophétie de ces documents falsifiés allait devenir réalité. Je n’étais plus seulement Adrian Moretti, le chef impitoyable de la mafia. J’étais rentré à la maison.

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