Chapitre 2 : Le Réveil du Parrain

Le cliquetis du verrou résonna dans la chambre d’hôpital comme un coup de feu étouffé. Grace recula d’un pas, la poitrine soulevée par une respiration saccadée. Ses yeux écarquillés fixaient mon visage, terrifiée par le fantôme qui venait de reprendre vie sous ses yeux.

« N’ayez pas peur, Grace, » dis-je, ma voix n’étant qu’un murmure rocailleux après cinq jours de silence absolu. La douleur dans mes côtes irradiait à chaque syllabe, mais l’adrénaline la masquait. « Si je voulais vous faire du mal, je n’aurais pas ouvert les yeux. »

Elle déglutit avec difficulté, ses mains tremblant légèrement sur le bord de son tablier. « Vous… vous avez tout entendu. Depuis le début. »

« Chaque mot, » confirmai-je, le regard dur. « J’ai entendu mon avocat vendre mon empire, mon cousin planifier ma succession, et ma future femme compter les heures avant mon meurtre. Mais vous, Grace… vous avez remarqué ce que personne d’autre n’a vu. Vous avez un don pour l’invisibilité, n’est-ce pas ? Les gens vous ignorent. »

« Je ne suis qu’une femme de ménage, monsieur, » murmura-t-elle.

« À partir d’aujourd’hui, vous êtes mon seul avantage, » répondis-je en m’efforçant de me redresser légèrement. « Je suis entouré de vautours. Mon téléphone a été confisqué, ma chambre est surveillée. J’ai besoin d’un fantôme pour accomplir une tâche à l’extérieur. Si vous m’aidez, je vous promets que vous ne nettoierez plus jamais la saleté de personne. Mais si vous refusez, une fois qu’ils m’auront tué, vous serez la prochaine parce que vous en savez trop. »

Elle hésita, regardant la porte, puis mon visage fatigué mais résolu. Une étincelle de défiance, froide et acérée, s’alluma dans ses yeux. « Que dois-je faire ? »

Je lui donnai des instructions précises. Dans le faux plafond des toilettes du personnel au troisième étage se trouvait un sac que j’avais fait cacher des mois auparavant, pour les urgences. Il contenait un téléphone intraçable et une liste de numéros. Elle devait appeler un homme nommé Dante et lui transmettre un message codé.

Les heures qui suivirent furent une agonie de silence. Je repris ma posture de cadavre en sursis, feignant l’inconscience lorsque les infirmières venaient vérifier mes constantes. Le jeudi soir arriva, la veille du fameux “vendredi” fixé par Veronica. L’air dans la chambre s’alourdit.

À 23h30, la porte s’ouvrit sans un bruit. Les pas de deux personnes s’approchèrent de mon lit. Le parfum enivrant de Veronica, un mélange de jasmin et de vanille, emplit mes narines.

« Fais-le vite, Anthony, » murmura la voix soyeuse de ma fiancée.

« C’est du chlorure de potassium, » répondit mon cousin, la voix tendue. « Une fois dans sa perfusion, son cœur s’arrêtera en moins d’une minute. Les médecins concluront à un arrêt cardiaque dû à ses blessures. Une mort naturelle. »

Je sentis la main froide de Veronica se poser sur ma joue. « Adieu, Dominic. Merci pour l’héritage. »

Au moment précis où je sentis le plastique de la seringue frôler ma ligne intraveineuse, les lumières de la chambre s’éteignirent d’un coup. Seule la lueur blafarde de la ville filtrait par les stores.

« Qu’est-ce qui se passe ? » paniqua Anthony.

La porte de la salle de bain adjacente s’ouvrit violemment. Trois ombres massives en sortirent. Avant qu’Anthony ne puisse réagir, un coup brutal l’envoya s’écraser contre le mur. La seringue roula sur le linoléum. La lumière d’une lampe de poche tactique aveugla Veronica.

Je m’assis lentement dans mon lit, l’ombre d’un sourire cruel sur les lèvres, tandis que Dante se tenait à mes côtés, l’arme au poing.

« Tu as toujours été impatiente, Veronica, » dis-je d’une voix parfaitement claire, brisant le silence glacé.

Elle lâcha un cri étouffé, reculant jusqu’à heurter la chaise d’hôpital. Son visage, habituellement si parfait, n’était plus qu’un masque de terreur absolue. Ses lèvres tremblaient, incapables de formuler le moindre mot.

« Tu… tu étais… » balbutia Anthony, tenu en joue par l’un de mes hommes de main.

« Dans le coma ? Non. J’écoutais, » crachai-je avec mépris. « J’écoutais ma propre famille comploter. Dante, débarrasse-moi d’eux. Faites-les disparaître discrètement. La police que je paie couvrira leurs “fuites” soudaines du pays. »

Pendant qu’ils étaient traînés hors de la pièce, suppliant et pleurant, mon regard croisa celui de Grace, qui se tenait discrètement dans le couloir, le téléphone jetable toujours à la main.

Le lendemain, le monde apprit que Dominic Moretti était miraculeusement sorti du coma. Veronica et Anthony avaient mystérieusement disparu, soi-disant partis pour une retraite spirituelle prolongée.

Dans l’intimité de mon penthouse fraîchement sécurisé, Grace entra. Elle ne portait plus d’uniforme de femme de ménage, mais un tailleur sombre et élégant.

« Vous avez demandé à me voir, Monsieur Moretti ? » dit-elle d’une voix assurée.

« Assieds-toi, Grace, » répondis-je en désignant le fauteuil en cuir face à mon bureau. « L’argent circule plus vite quand on respire, mais il circule encore mieux quand on s’entoure de personnes de confiance. Bienvenue dans la famille. »

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