Chapitre 2 : Percée dans l’obscurité

La pluie, de l’autre côté des fenêtres de la clinique dans l’Oregon côtier, frappait les vitres avec une furie croissante, comme pour tenter de laver toute cette horreur cachée entre les murs de notre service des urgences. Sur le moniteur, l’heure avait dépassé trois heures et demie du matin, mais la somnolence s’était évanouie d’un coup. Ce que le scanner révélait ne correspondait à aucune règle de la science médicale, ni à aucun manuel de maladies infectieuses ou parasitaires.

Greg criait toujours dans le couloir, exigeant qu’on lui rende son « fils légitime » et menaçant de porter plainte, mais sa voix semblait déjà assourdie, comme si elle provenait d’une autre dimension. Les gard 보안 (les gardes), emmenés par Sarah, avaient solidement bloqué la porte pour l’empêcher de faire irruption.

Je me tenais devant l’écran de l’ordinateur, les yeux rivés sur la reconstitution tridimensionnelle de la mâchoire de Léo, âgé de neuf ans. Sarah s’était figée à côté de moi, la main plaquée sur sa bouche. Ses yeux s’étaient écarquillés d’horreur.

— Docteur Thomas… qu’est-ce que c’est que ce bordel ? — sa voix tremblait à peine. — Ce ne sont pas des larves d’œstrides sous-cutanées. Ni des helminthes. Ils… ils ont une forme géométrique. Ils sont métalliques ? Ou organiques ?

— Je ne sais pas, — répondis-je à voix basse, sentant une sueur froide couler le long de mon dos. — Mais nous devons appeler d’urgence les chirurgiens et préparer la salle d’opération. Si cette chose atteint la carotide ou le cerveau, nous perdrons le garçon d’ici quelques heures.

Je me tournai vers le brancard. Léo était allongé, immobile, recroquevillé sous la couverture de l’hôpital. Sa grande capuche grise avait été rejetée en arrière, exposant le côté droit de son visage, affreusement tuméfié. La peau y avait pris une teinte anormale, presque noir bleuté, et au centre même de l’enflure, un orifice circulaire pulser de manière distincte. À chaque seconde, il en s’échappait un liquide transparent, légèrement sucré, avec une odeur âcre de terre humide et d’ozone.

Léo entrouvrit les yeux et me regarda d’un air épuisé, d’un regard d’adulte. À neuf ans, il avait l’air d’avoir survécu à la guerre.

— Docteur… je n’ai pas mal, — murmura-t-il doucement, presque sans un bruit. — J’ai juste… du mal à garder la tête droite. C’est comme si elle était en fonte.

— Accroche-toi, Léo, nous allons tout régler, — je m’approchai et touchai doucement son épaule saine. — Dis-moi, quand est-ce que Greg… quand ton beau-père t’a donné cette chose ? Qu’est-ce qu’il cachait dans ce hangar ?

Le garçon avala sa salive visqueuse. Ses lèvres bougeaient à peine.

— Il a rapporté ça de la forêt il y a une semaine. Il disait qu’il avait trouvé une sorte de truc ancien en réparant la clôture de la vieille scierie. Ça ressemblait à un pignon rouillé, mais… ça bougeait quand il le prenait à mains nues. Greg riait. Il disait que cet objet portait chance aux cartes. Et puis… puis il s’est fâché quand je l’ai touché par accident sur l’établi. Il a dit que j’allais tout gâcher, m’a attrapé par le col et… m’a enfermé dans le noir. Et quand il m’a libéré, ma joue était déjà brûlante.

Chaque mot de Léo résonnait comme un lourds marteau dans ma poitrine. Je me souvenais du trousseau de clés et des porte-clés à la ceinture de Greg. Un étrange artefact métallique y était suspendu — dentelé, semblable à un ancien amulette ou à la pièce d’un mécanisme dont la partie manquante se trouvait en ce moment même à l’intérieur du visage de l’enfant, se nourrissant de ses tissus et plantant ses racines dans son système circulatoire.

— Sarah, — lançai-je brusquement à l’infirmière. — Appelez d’urgence la salle d’opération numéro trois. Préparez une anesthésie générale, des instruments de microchirurgie et des conteneurs stériles pour le biomatériau. Pas un seul morceau de cette infection ne doit tomber sur le sol. Et appelez les inspecteurs fédéraux de la biosécurité. Ce n’est plus seulement un cas de violence domestique.

À ce moment-là, un fracas assourdissant retentit derrière la porte.

Greg ne criait plus. Sa voix avait cédé la place à un rugissement rauque et inhumain qui fit tinter les vitres de la salle d’examen. On entendit un coup sourd contre la porte métallique, puis le bruit de meubles qui tombent. Les gardes crièrent.

— Docteur Thomas ! Il est en train de forcer le passage ! Il a une force incroyable, il a balancé deux gars ! — la voix de Sarah se brisa en un cri alors que la poignée de la porte se mit à tourner frénétiquement, avant que le métal ne cède sous un violent impact extérieur.

Par instinct, je fis bouclier de mon corps devant le brancard de Léo. Le garçon poussa un faible cri et se colla le dos contre le mur.

— N’aie pas peur, Léo, je suis avec toi, — dis-je d’une voix ferme, bien que tout en moi se contractât à l’idée de la catastrophe imminente.

La porte fut arrachée de ses gonds avec une telle force qu’on aurait dit une explosion. Greg apparut dans l’embrasure. Son visage était pourpre de rage, les veines de son cou tendues comme des cordes. Mais le pire n’était pas son regard de démence. Sur la joue droite de Greg, exactement au même endroit que la tumeur de Léo, une bosse pourpre et violette identique commençait à percer. Du centre de sa blessure suintait déjà le même liquide terreux et sucré, tandis que sous sa peau, en parfaite synchronisation avec les battements de son cœur, de petites particules lumineuses roulaient.

Il s’était contaminé lui-même. Cette chose avait trouvé un nouvel hôte lorsqu’il avait tenté d’arracher de force l’artefact du scanner de l’hôpital.

— Rendez-moi mon garçon ! — rugit Greg en faisant un pas dans la pièce. Ses articulations craquèrent avec un volume effrayant. — Il est à moi ! Vous ne comprenez rien… Elle nous appelle !

— Greg, arrêtez, vous avez besoin de soins médicaux, — tentai-je d’en appelant à sa raison, tout en reculant lentement vers la table d’instruments pour tâtonner discrètement à la recherche d’un lourd plateau en métal.

Mais Greg n’entendait plus rien. Ses pupilles s’étaient complètement dilatées, occupant presque tout l’iris, et une bume sombre perlait à ses lèvres. Il s’élança en avant avec une rapidité incroyable, inhumaine, balayant sur son passage le pied à perfusion.

— Non ! — cria Léo en se redressant soudainement sur son brancard.

Le garçon leva la main droite, et au même instant, la blessure sur sa joue s’illumina d’une vive lueur bleuâtre aveuglante. Une longue dent métallique glissa de l’orifice et se figea dans les airs avec un clic sec, obéissant à un appel inconnu. Greg s’arrêta net à mi-chemin, haletant. Son propre visage se tordit dans une convulsion, et de la blessure sur sa joue jaillit en synchronicité une dent exactement pareille, s’élançant à la rencontre de son fils, comme si un aimant invisible les attirait l’un vers l’autre.

À ce moment-là, de lourds pas de renforts et des sirènes de services d’urgence résonnèrent dans le couloir. Je compris que c’était notre seule chance.

— Sarah, tenez la porte ! — criai-je en attrapant sur la table une seringue remplie d’un puissant myorelaxant et en me jetant sur l’homme rendu fou par la douleur et le symbiote étranger, avant que la chaîne entre le beau-père et l’enfant ne se referme définitivement.

La lutte fut brève mais acharnée. L’air de la pièce sentait l’ozone, le fer brûlé et la peur. Lorsque j’enfonçai l’aiguille dans l’épaule de Greg, il s’effondra sur le carrelage en râlant lourdement, tandis que les rayons métalliques sur leurs visages se rétractèrent sous la peau dans un tintement étouffé, les laissant tous deux gisant d’épuisement.

Les portes de la salle d’opération s’ouvrirent à volants. Des chirurgiens en combinaisons de protection firent irruption.

— Préparez deux blocs opératoires immédiatement ! — ordonnai-je en essuyant la sueur de mon front et en regardant le visage pâle mais déjà apaisé de Léo. — Nous sauverons ce garçon, quoi qu’il en coûte.

Mais en observant les faibles pulsations scintillantes sous la peau de Greg affalé, je savais une chose : le cauchemar ne faisait que commencer. La forêt près de la vieille scierie gardait encore bien des trouvailles de ce genre, et cette histoire n’était que le premier chapitre de quelque chose de bien plus grandiose et terrifiant.

Quel moment précis de ce dénouement vous a fait le plus vibrer ou stresser ?

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