L’Ombre du Piège

Je me suis précipitée vers la porte d’entrée. La poignée ne tournait pas. J’ai tiré de toutes mes forces, mais la porte blindée résistait. J’ai ensuite couru vers la baie vitrée du salon, mais le volet de sécurité était descendu, bloquant toute issue. La panique montait en moi. Eli avait raison. Ivan avait tout verrouillé.

J’ai sorti mon téléphone de ma poche, mes doigts tremblants sur l’écran. Aucun service. Il avait effectivement coupé le signal. J’étais piégée, seule avec un enfant, dans une maison transformée en prison.

“Qu’est-ce qu’on fait ?” a demandé Eli, sa voix se brisant. Il se tenait à quelques pas de moi, l’illusion du garçon en fauteuil roulant complètement disparue. À cet instant, il ressemblait à un petit soldat terrifié, habitué à ce genre de terreur.

“On va sortir d’ici,” ai-je murmuré, essayant de me convaincre autant que lui. “Il doit y avoir un autre moyen.”

J’ai commencé à chercher frénétiquement dans la maison. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient toutes bloquées par les volets de sécurité. La porte arrière était également verrouillée. J’ai couru vers le sous-sol, l’endroit où Eli avait entendu la conversation entre Ivan et M. Gradić.

Le sous-sol était sombre et froid. Une odeur étrange flottait dans l’air, douceâtre mais écœurante. C’est alors que j’ai vu la petite fenêtre près du plafond. Elle était haute, mais peut-être assez grande pour qu’on puisse s’y glisser.

“Eli, aide-moi à empiler ces boîtes,” ai-je ordonné.

Nous avons travaillé ensemble, empilant des caisses en bois et des cartons pour créer un escalier improvisé. L’odeur devenait plus forte, me donnant la nausée. J’ai réalisé ce qu’Ivan avait planifié. Il voulait nous empoisonner. Le “curenje” (fuite) dont il avait parlé à M. Gradić n’était pas une simple fuite d’eau. C’était une fuite de gaz.

J’ai grimpé sur les boîtes instables, une lourde poêle en fonte à la main. J’ai frappé la petite fenêtre de toutes mes forces. Le verre s’est fissuré, puis a volé en éclats. L’air frais de la nuit s’est engouffré dans le sous-sol, un contraste frappant avec l’air vicié à l’intérieur.

“Monte, Eli ! Vite !” ai-je crié.

Il a grimpé agilement, ses jambes fonctionnant parfaitement. Je l’ai aidé à se hisser par la fenêtre, puis j’ai suivi, m’écorchant les bras sur les éclats de verre restants. Nous avons atterri sur le sol froid, haletants.

Nous n’avons pas regardé en arrière. Nous avons couru à travers la forêt sombre, fuyant la maison qui devait être notre tombe. La lune éclairait notre chemin, ses rayons se frayant un passage à travers les grands pins.

“Où allons-nous ?” a demandé Eli, courant à mes côtés.

“Aussi loin que possible d’Ivan,” ai-je répondu, la détermination remplaçant la peur. Nous avions survécu. Et maintenant, il était temps de faire éclater la vérité.

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